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Portrait : Serge Boué-Kovacs, sculpteur et peintre

Artiste de renommée internationale ; Serge Boué-Kovacs possède un immense atelier à la Baule, en phase avec le travail monumental réalisé par son propriétaire.

Aussi prolixe que son œuvre, Serge Boué-Kovacs, ancien mareyeur et ex-directeur de la coopérative de la Turballe, se consacre à une sorte de mission sacrée : récupérer d'anciens bateaux ou des épaves pour leur donner une nouvelle vie.
Ainsi, les membrures, quilles, mâts et jambettes se transforment en « totems de mer ». Voués au grand air et au Land art, ils sont des dizaines à attendre sagement dans un ancien atelier de menuiserie baulois datant des années trente.
Une sorte d’aura étrange se dégage de ces morceaux de bateaux ; bien sûr, même s'ils sont façonnés, travaillés, souvent incrustés de morceaux de granit, ils semblent comme assoupis attendant une sorte de miracle qui leur permettrait de retrouver une dernière fois l’océan.
Mais, non, ils sont figés dans l’espace, sur terre, sans doute pour l’éternité, remplis d’une immortalité magique, survivants de la mer et font rêver le visiteur.

Rencontre

Comment est venue l’idée en tout début ?
Je voyais les bateaux quitter les ports les uns après les autres, les gars partaient en retraite et organisaient une sortie de flotte qui était accompagnée d’un chèque » (NDLR, une prime à la casse). « Pour soi-disant, réduire l’effort de pêche», mais c’est un autre débat.
J’ai eu cette sensibilité de garder quelque chose, j’ai donc décidé de récupérer des morceaux pour leur donner une histoire, une vie.
Et puis, personne ne semblait se préoccuper de la conservation de ce patrimoine, y’a pas une ville côtière qui ne disait, « on va faire un éco-musée, on va conserver quelque chose ». À part le fameux Gré des Vents* à La Turballe, ce n’est plus un monument, c’est devenu l’Himalaya. Les ports de pêche auraient dû garder une unité par type de pêche.
La sortie de flotte des bateaux est donc l’une des filières de récupération de Serge Boué-Kovacs, cela ne s’est pas toujours bien passé : Les Affaires Maritimes m’ont pris pour un dingue, comme c’était particulier, je les emmerdais, un cinglé qui fait des demandes inhabituelles. Ils m’ont envoyé balader ; puis à chaque fois que j’ai dû découper un bateau, j’ai dû prouver qu’il n’allait plus naviguer, même lorsqu’il était coupé en deux !
 

27 ans d’un travail monumental
Oui, mais, contrairement à ce qu’on dit, je ne fais pas que du monumental. Un architecte m’a dit un jour : « vous connaissez la hauteur moyenne d’un plafond, ça ne rentrera jamais dans un appartement, ce que vous faites ».

Vous avez beaucoup de pièces dans cet atelier ?
Oui, trop même, le public qui vient ici voit tout, et en fait rien, car les pièces sont trop entassées, je vais faire du déstockage ».


Au fond de la salle d’exposition, l’atelier en lui-même où s’entassent des morceaux et des pièces de toutes sortes : « C’est le tas de bateaux qui reste à manger ».
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’artiste travaille avec très peu d’outils : « Je n’ai pas de machine, c’est un travail essentiellement manuel, juste la tronçonneuse et la hache pour dégrossir, ensuite, j’utilise l’herminette et des gouges ». Seule concession, une sableuse pour de nouvelles pièces « pour retrouver le grain, l’âme du bois ».
« Je cours moins après le bois qu’autrefois, enfin, si je trouvais deux ou trois très beaux bateaux à découper, je le ferais volontiers l’hiver prochain ».

Comment se déclenche la sculpture d’une pièce ?
Tout est en vrac, mais, je regarde le tas tous les jours ; parfois, il va falloir 10 ans pour me dire, bon sang, mais, c’est bien sûr. Auparavant, je travaillais comme un malade, aujourd’hui, je suis plus dans la réflexion, il faut que cela vienne.

Vous êtes aussi un peintre
J’ai fait de la peinture bien avant de me lancer dans la sculpture. Je suis trop connu par mes sculptures, je voudrais faire une exposition uniquement de peintures. Je ne suis en train de faire une série sur mes « Îles improbables».


 

On a bousillé la Côte sauvage
Ah, oui, la côte sauvage dont on est si fier, on a laissé construire à 50 mètres, on l’a défigurée et aujourd’hui on n'a aucun recul pour la voir et pour l’admirer. Faut arrêter de la prendre pour une des 7 merveilles du monde, on l’a bousillée.
Ma vision en peinture de cette côte est donc une abstraction, avec des rochers rouges et jaunes qui jouent sur les eaux bleues et le peu de verdure qu’il reste. Je suis parti de la réalité, en particulier de Batz-sur-mer, car la côte est bien plus belle là-bas.


L’homme peint généralement sur bois, mais, il a aussi un avis bien tranché sur ce support : « Les gens veulent de la toile, de la toile ! Alors que vous pourrez jamais avoir les effets de bois, sur une toile, mais dans la tête des gens, c’est magique ''une toile'', faut arrêter un peu ».


Il faut expliquer la peinture ?
Je pense qu’il y a beaucoup trop de littérature qui accompagne le travail des artistes, je sais qu’il faut expliquer, mais, il y a la façon de le faire. Si vous prenez certains catalogues d’expositions, c’est assez affolant, je pense que l’artiste lui-même ne comprend même pas de quoi il s’agit.

Serge Boué-Kovacs est Académicien des arts & sciences de la mer et commissaire académique de l’académie pour la Côte d’Amour.
Il exposera à Atlantia en Octobre prochain et participera à la journée des mystères de la Baule toujours en Octobre. Il prépare actuellement une exposition monumentale dans le Morbihan où il présentera les trois facettes de son travail, sculpture, peinture et photographie.
Une exposition est en cours à l’océarium du Croisic.
Serge Boué-Kovacs est toujours à la recherche de grosses quilles ou de mats. Il peut vous recevoir dans son magnifique atelier-jardin, uniquement sur rendez-vous.
Relire :http:// http://www.lecroisic-infos.fr/batz-expo-elements-de-tempetes-4-5-658.html
*Au Gré des Vents est un chalutier/musée qui se visite dans le port de la Turballe.

Pratique :
Contacts
Tél. : 02 40 24 62 55 et 06 77 73 62 44
Atelier : 18, avenue Mermoz à la Baule (derrière la gare SNCF)

 

Auteur : JRC | 23/08/2012 | 2 commentaires
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Vos commentaires

#1 - Le 26 août 2012 à 19h55 par fenouil, Chateau D'olonne
Magnifique, c'est vraiment très beau!
#2 - Le 29 août 2012 à 03h47 par joe saragosti, MontrÉal
BRAVO Serge !!! Tu es un des rares humains sur cette terre qui croit en quelque chose et qui y met l'effort et le temps, en dépit des profits pouvant être réalisés dans l'exécution dans des oeuvres exécutées machinalement et sans amour
Félicitations
Jo

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